ndlr=[Le referendum de 2014 sur l’indépendance de l’Écosse fut un échec : on pouvait donc penser que les Écossais n’en voulaient pas. Pourtant, le Parti National écossais, à l’origine du referendum, vient de faire une razzia lors des élections générales britanniques le mois dernier, en remportant 56 des 59 circonscriptions réservées aux bleu et blanc. Nous avons choisi de traduire et publier ce papier satirique pour essayer d’y voir un peu moins clair, en s’inspirant du traitement habituellement réservé à la Syrie ou à la Libye.]

 

On a beaucoup parlé de l’indépendance écossaise. Malheureusement, personne n’a jusqu’à présent été capable d’expliquer cette question complexe de manière compréhensible. Du coup, nous avons mandaté un panel d’occidentaux experts du Moyen-Orient et leur avons demandé d’appliquer à ce sujet leur approche incomparable, faite d’un mépris coutumier pour les nuances encombrantes et les exigences d’exactitude étouffantes. Le résultat apparaît dans cet article fascinant.

 

Le jeudi 18 septembre 2014, les votants Écossais ont été enjoints à se prononcer par référendum sur l’indépendance de l’Écosse du Royaume-Uni. La question à laquelle ils devaient répondre était « l’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ?». Ils devaient y répondre alternativement par «oui» ou «non», conformément à l’un des principes centraux de la culture occidentale qu’est l’opposition binaire. Ce guide pratique vous offrira tout ce que vous devez savoir sur le référendum et ce qu’il aurait été susceptible de signifier pour vous. (En vrai, pas grand chose, excepté peut-être un visa supplémentaire).

 

L’Écosse est une petite nation, riche en pétrole et en gaz, bordée par l’Angleterre au Sud. C’est un terme capital : il y a du pétrole – Devons-nous en dire plus ? Les Écossais sont un peuple noble et fier, contrairement à leurs voisins anglais, qui sont nobles, mais effacés. L’Écosse est une société tribale, divisée en clans, comme le clan Mackenzie, le clan Maclean, et les MacDonalds, qui ont inventé le hamburger. La plupart des Écossais estiment que le clan tient une part importante dans leurs vies et les chefs de clans exercent une influence significative sur la population.

 

Carte des clans écossais. Comme si ça expliquait quoi que ce soit, mais on fait ça avec le Moyen-Orient tout le temps, donc bon. 

 

Scottish_clan_map

 

Les Écossais sont divisés entre «protestants» et «catholiques» – appellations de la religion chrétienne locale.  Leur rivalité féroce – il n’y a pas de rivalité non-féroce en Écosse – a tourmenté la société écossaise depuis des décennies, certains zélotes accusant régulièrement d’hérésie les autres groupes. Cette rivalité s’est longtemps manifestée par la compétition entre les deux principaux clubs de football – le Rangers protestant et le Celtic catholique – jusqu’à ce que – de façon hilarante – les Rangers soient relégués en troisième division en 2012 pour cause de troubles financiers.

 

La dimension sectaire est liée à celle de l’indépendance d’une façon très complexe, du coup, par souci de convenance journalistique, il n’est pas impropre de dire que les protestants sont en faveur de l’union alors que les catholiques préfèrent l’indépendance. Ou l’inverse. Les Anglais et les Écossais nourrissent une rivalité de longue date, ce qui explique partiellement l’animosité constatée. Les deux nations se sont régulièrement fait la guerre, mais la rivalité a pris fin avec les Acts of Union de 1707 – ainsi appelés parce qu’il furent signés à 5h07 de l’après-midi. Bien qu’ils fassent partie du Royaume-Uni depuis des centaines d’années, de nombreux Écossais ne s’y sont jamais sentis à l’aise et ont constamment cherché à obtenir l’indépendance, afin de pouvoir jouir de leur mode de vie simple, dans les montagnes, à boire du whisky et à manger leur spécialité locale, dite « barre de mars frits».

 

Les Anglais sont cependant résolus à priver les Écossais de cette perspective, notamment parce que cela signifierait re-designer le drapeau et modifier les en-têtes. (Les Anglais sont des gens pragmatiques et terre-à-terre, mais ils sont connus pour leur aversion au changement, spécialement lorsque ça inclue de la papeterie). Les Anglais souhaiteraient également garder la main sur les réserves écossaises de pétrole et de gaz, parce qu’il est évident qu’en tant qu’experts du Moyen-Orient, nous nous sentons obligés de souligner l’importance du pétrole, indépendamment du contexte.

 

Il est difficile de comprendre le rôle que la post-industrialisation et l’effondrement des affiliations politiques traditionnelles ont joués dans la montée de l’impulsion sécessionniste écossaise, nous n’allons donc pas essayer. Il est bien plus aisé de parler de trucs licorniens, comme l’identité européenne émergente et ses cadres de soutien aux cultures autochtones. C’est le genre de choses think-tankées qui vous rapportent financement et subventions. Nous allons donc insister sur cet angle de la question. Il nous faut également mentionner les trucs vaguement pertinents comme la Catalogne, nous permettant d’esquiver les vraies questions complexes autour de l’indépendance écossaise.

 

Enfin, puisant dans notre expérience collective en tant qu’experts «Moyen(s)», nous devons souligner que les États-Unis ne devraient – et ne doivent pas – continuer leur politique de non-intervention sur cette question de l’indépendance écossaise. Nous devons faire quelque chose. Des choses doivent être faites. Il y a impérieuse nécessité à l’accomplissement de choses. C’est également le moment, proche de la fin de la fin, où nous posons habituellement cette question rhétorique essentielle : pouvons-nous permettre à l’Écosse d’exister en tant que petite nation pétrolière ? (Genre, avons-nous vraiment besoin d’un autre Qatar ?) Le Président Obama devrait éviter cela en armant les Protestants. Ou les Catholiques.

 

 Article original sur www.karlremarks.com

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.