Dans l’Italie morcelée du XIVe siècle, Dante Alighieri raconte avec la Divina Commedia un périple initiatique du froid de l’enfer jusqu’au paradis des chrétiens. Le label parisien In Paradisum nous propose exactement l’inverse : partir d’un éther divin, évocateur de plaisir naïf et pastoral, et finir comme dans un cauchemar, à genoux sous les coups de massue du plus grand métal industriel. Récit d’un voyage intense et radical à la Gaîté Lyrique, Paris.

 

Dieu que c'est beau photo Hugo Aymar cc-by-nc-sa
« Dieu que c’est beau »
photo Hugo Aymar cc-by-nc-sa

Un fracas ténébreux accueille les britanniques de Godflesh. Ce n’est pas la première fois qu’on voit du métal ici, mais « c’est la première fois que ça headbang comme ça », me confie Sylvain Billion, un membre de l’équipe de la Gaîté Lyrique, où se déroule le concert. Alors que la douceur du printemps fait renaître bourgeons et rhume des foins, une centaine de personnes est réunie ce vendredi 17 avril 2015 pour la soirée In Paradisum XVII. La quantité raisonnable de pulls Meshuggah, Napalm Death, et même Borzüm au centimètre carré me permet de déduire qu’une grande partie du public est venu lui aussi voir Godflesh, la tête d’affiche. Pourtant, comme souvent à la Gaîté, « lieu des cultures à l’ère numérique » j’ai en réalité affaire à une foule hétéroclite : des puristes du métal à dreads et pull à capuche à foison, mais aussi des habitués du lieu, forcément plus hype, et des connaisseurs du label organisateur.

 

"J’ai cru voir la lumière." Photo par Hugo Aymar cc-by-nc-sa
« J’ai cru voir la lumière. »
Photo par Hugo Aymar cc-by-nc-sa

Naturellement, entre « Godflesh » et « In Paradisum », les références au sacré et à l’enfer de Dante vous sautent aux yeux à la manière d’un crapaud vengeur : personne n’y échappe. Seulement ce soir là, le voyage biblique et épique s’est fait dans l’autre sens. Parce que ce soir nous n’avons pas affaire à une quête de rédemption, comme chez Dante, mais à un retour à la source du verbe, blasphématoire. À la raison qui fait le son. Le premier acte est instrumental, la deuxième partie agrémentée de quelques cris gutturaux, mais il faudra attendre le final pour enfin pouvoir apprécier un torrent de vers hurlés, retrouver le cri primal qui est à l’origine de ce son qu’on appelle « industriel ».

 

Les trois groupes qui se produisent se soir sont aussi très différents. Deux générations se partagent la scène : les mecs de Godflesh, la quarantaine bien burinée, sont de celle qui a vécu au pied des usines de Birmingham, dans la gorge du monstre mécanique, et qui a retranscrit tout ça dans un son lourd et implacable. Les deux groupes qui les précèdent ont la vingtaine, sont signés sur le label In Paradisum, et font de la musique beaucoup plus techno et expérimentale. Les seconds apportent un hommage aux premiers, mais leurs publics ne sont pas toujours les mêmes : cette programmation est pour In Paradisum un exercice osé.

"La barbe d'Odin" photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
« La barbe d’Odin »
photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

Si la genèse de leur art n’est pas comparable, l’intention reste la même : partir à la conquête de l’inexprimable, saisir dans l’ombre le seul langage apte à retranscrire le maelstrom de crasse et d’émotion qui leur agite la caboche. Comme les Saint-Simoniens ont intégré l’industrie et le progrès au sacré, ces deux générations d’artistes trouvent dans la machine le moyen d’exprimer, de chercher, et de trouver quelque chose de transcendant : la machine est le prolongement humain de la création divine. Il y a bien ceux qui ont fait la guerre, et ceux qui l’ont regardée à la télévision. Mais à l’instant où ces derniers ont penché leurs oreilles sur cet univers teinté de rouille et de gris, l’argument est resté intact. Le message, pur, passe de la première à la deuxième génération. On peut donc écrire et transmettre l’angoisse de la turbine et la complainte du rotor même lorsqu’on ne les a vécues qu’indirectement. Après cette introduction qui j’espère nous aura débarrassés des lecteurs les moins téméraires et les plus chétifs, voici le récit authentique de cette aventure initiatique.

 

Paradis

 

"Transe" Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
« Transe »
Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

 

Il est 19h30. Amédée de Murcia et Guillaume Mikolajczyk, la moitié du groupe Insiden, sont les premiers à se produire. Ils sont installés non pas sur la scène, mais au milieu de la salle, et le public en rond autour. Certains sont assis et ferment les yeux. Amédée s’applique à moduler des ondulations inhumaines sur sa console. Guillaume tient son violoncelle entre les jambes aussi délicatement qu’une relique, des sons stridents s’échappant de son instrument qu’il effleure à peine avec son archer. Le tout a un air de sacré, et je me sens aussi mal à l’aise que dans une église, pas à ma place : je suis censé faire quoi exactement ? Je cherche d’autres regards dubitatifs, sans grand succès. J’entends malgré tout deux types près de la régie son : “C’est pas mal. C’est bizarre, mais c’est pas mal.” Quand on leur demande leur style, Amédée et Guillaume répondent « expérimental ». Et c’est vrai que le son est étrange, pas du tout accessible, dérangeant même, mais aussi solennel. Il oscille entre une douceur bénie, bienveillante, et la gravité de l’intemporel.

 

Expérimenter : chercher le son ? La vérité ? Le bonheur ? Dieu ? On n’a pas eu le temps de parler théologie, mais je vais vous raconter ce que je vois de paradisiaque dans leur musique. Il y a du religieux dans cette expérimentation auditive, parce qu’il faut faire le premier pas, demander pardon, avoir une confiance aveugle ; ça ne marche que si tu y crois. Ce son n’est pas fait pour qu’on se concentre dessus, c’est une invitation. Il faut laisser le divin entrer par la petite porte. Ce qu’il y a de divin, c’est que la musique d’Amédée et Guillaume te fait tout voir différemment. C’était vraiment un bon test de mettre ça au début, pendant que tout le monde était encore sobre.

 

Je m’inspire donc des autres auditeurs, aux visages habités, comme une procession de marche des morts, et je ferme les yeux, une bière à la main. D’abord assis, le dos au mur, timidement, puis debout, au milieu de la foule. Et si tu fermes les yeux, tu peux voir des trucs incroyables. J’ai vu des dragons et des vikings se battre férocement sur des lacs de feu. Je ne savais vraiment pas si j’allais apprécier mais j’ai fait l’effort. Au plus haut de cette pseudo-hallucination volontaire, j’ai cru voir un ange au ton grave me juger me dire que cet endroit n’était pas pour moi, que je n’aurais de destin que la souffrance et que cette souffrance serait ma jouissance. La vision de la trinité qui nous est offerte par la prestation des deux moines n’est pas l’harmonie et la plénitude, comme on pouvait s’y attendre. Pas de sourire benêt sur nos lèvres, pas d’épiphanie révélatrice, nulle place ou s’étendre infiniment. C’est une mélancolie vivace et douloureuse, qui te met sur la quête du verbe blasphématoire, le seul qui soit vrai et transcendant. Tu regardes bêtement vers le ciel, mais ces types ont les yeux tournés vers le sol.

 

Guillaume Mikolajczyk : Ce soir on joue dans une formation réduite de notre groupe, on a un nouveau set-up.

PSK : Donc les morceaux que vous jouez à 4, vous les faites à deux ?

Amédée de Murcia : Pas vraiment, en fait c’est un groupe qui n’a pas trop de morceaux pour les concerts, même si on a un peu changé d’approche. On est plus dans un truc d’improvisation, et du coup vu qu’on était moins, on a prévu autre chose. Donc c’est différent de ce qu’on fait quand on est à trois. On est même quatre en fait dans Insiden, puisqu’il y a quelqu’un qui fait de la vidéo aussi. A deux c’est plus linéaire, on va dire.

Guillaume Mikolajczyk : ça reste écrit aussi, c’est plus que de l’improvisation libre. Y’a quand même une trame qui est assez solide, qu’on a bossée pendant une bonne dizaine de répètes.

PSK : et où se situe l’impro dans cette trame ?

Amédée de Murcia : par rapport à ce qu’on faisait avant, on a prévu des parties, y’en a trois/quatres. Et là où c’est de l’impro c’est qu’on sait pas combien de temps on les fait durer, et elles sont un petit peu toujours les mêmes, toujours différentes, ça dépend comment on module les sons de ces parties.

[…]PSK : C’est quoi les mots qui définissent votre musique ?

Amédée de Murcia : Moi j’aime utiliser un mot-valise très très large, dire “expérimental”. Et après suivant les différents projets que j’ai, ça peut être expérimental mais dans le cadre un peu techno, ou alors dans le cadre plutôt house dernièrement, et sinon ambient, drone, ou musique improvisée. Mais j’aime bien l’idée que je suis toujours dans un truc de recherche, sans vouloir paraître trop prétentieux, mais…

Paul Régimbeau : Moi le terme expérimental j’aime bien parce que ça définit pas un style, mais une démarche. Du coup ça colle pas mal à l’esthétique du label

Guillaume Huguet : C’est vrai que ce soit Amédée, Paul, ou Lowjack, c’est que des gens qui aiment bien tester différents sons, qui changent de vitesse, de projets, qui changent les paramètres de leurs musique régulièrement.

Purgatoire

 

"Rédemption" Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
« Rédemption »
Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

 

Les litanies électroniques m’ont fait perdre la notion du temps, mais l’histoire continue. La ronde des fidèles se trouve un nouveau guide, qui ce soir se fait appeler Extreme Precautions, mais est surtout connu sous le nom de Mondkopf. Il se présente pendant l’interview sous son vrai nom, Paul Régimbeau. Ses albums ont des couleurs assez différentes, il n’a pas peur de se chercher. De son aveu, l’expérimentation et le brisage des codes sont aussi l’essence du label In Paradisum dont il est un des fondateurs. Sur son album Galaxy of Nowhere, il développe une poésie hallucinée, sorte de « L’île aux enfants » sous acides. Son dernier essai, beaucoup plus sombre, se nomme Hadès, et c’est je crois sa première tentative d’approche vers l’empire du mal. Hadès sonne comme une description exaltée des Limbes. Désolation, tragédie, poussière, trompettes de l’agonie, orages fantastiques, perturbations magnétiques, mais au fond un espoir : que les croyants prient pour votre âme. Le son est imposant, mais pas encore nerveux.

 

Aujourd’hui Mondkopf change de nom, présente son projet Extreme Precautions, et propose une nouvelle stratégie, plus radicale. Il s’agit cette fois de toucher l’Enfer en traçant sa route à travers le Purgatoire. C’est donc un autre projet, qui répond à un autre appel. Enregistré en une semaine, il prend la forme d’un set agressif d’une demi heure. Paul doit trouver cette île qui mène droit à l’enfer, le Purgatoire de Dante, entendre la complainte qui s’en dégage, tambouriner à la porte pour qu’on le laisse entrer. Reproduire les sons sourds qui viennent d’en bas. C’est de la techno inspirée de guitares saturées et de “grunts” brutaux. L’audience semble plus massive qu’au premier acte, quelques pulls à capuche sont revenus du bar, où ils s’étaient abreuvés de bière.

"Sous les pavés, l'enfer" Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
« Sous les pavés, l’enfer »
Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

Paul est seul sur scène, sous un halo de lumière. Le purgatoire est une montagne, sa descente est une cavalcade. Le set nerveux alterne des passages de pure exaltation où la machine crie toute sa haine, ponctués par les hurlements distordus de Régimbeau au micro, avec des phases de repos angoissées, comme entre deux rounds de boxe, ou la mi temps d’un Chelsea – PSG. Avec la précision, la puissance et la régularité d’un piston de trois-cent tonnes, la vague de sons programmés emplit la salle de concert, tétanisée, pendant qu’Extreme Precautions gigote derrière sa console comme un asticot neurasthénique. Certains hochent la tête sur le rythme, d’autres ferment les yeux. La passion est incarnée, mais reste méditative. Les esprits s’entrechoquent plus que les corps, pour l’instant. Comme à chaque fois que Métal et Techno se tournent autour, le tout a un côté à la fois curieux, synthétique, et interdit, inadapté, blasphématoire. C’est un hommage et une trahison. Mais la porte est ouverte.

 

Paul Régimbeau : Je joue ce soir sous l’alias Extreme Precautions, qui est un nouveau projet que j’ai depuis un an, et dont j’ai sorti le premier album à l’automne 2014.

PSK : mais c’est pas ton alias le plus connu ?

Paul Régimbeau : Non, je débute à peine, j’ai encore que 400 likes sur Facebook ! Du coup voilà c’est un nouveau projet un peu plus agressif que Mondkopf, qui est beaucoup plus basé sur une énergie frontale. C’est des morceaux très courts et le live fait 30 minutes à peu près. J’ai écouté beaucoup de grindcore et de metal quand je l’ai fait, et c’est une sorte de résultat de ces écoutes. J’ai pas forcément voulu faire du métal, mais c’est ce qui est sorti.

[…]Paul Régimbeau : On fait de la musique qui n’a pas peur de créer des choses intenses, que ce soit dans la légèreté, l’introspection, le calme, ou alors l’agressivité pure. Disons qu’elle doit être radicale dans sa manière d’être, dans son honnêteté. Il faut pas qu’il y ait une sorte de tiédeur en fait, je sais pas comment dire.

Guillaume Heuguet : C’est vrai que tous les disques sont différents. Au début, à cause de l’esthétique un peu gothique [du label], et vu qu’on a sorti pas mal de disques de techno, y’avait un peu cette idée que c’était un truc sombre, on le dit souvent. Mais pour nous c’est pas du tout ce qui définit le label. Par exemple on vient de sortir le disque d’Amédée sous Roger West.

Amédée de Murcia : Ouais c’est plutôt de la house. Peut être c’est un peu ce que tu disais Paul, l’unité c’est que c’est des trucs un peu radicaux, un peu différents.

Guillaume Heuguet : En fait on peut se baser sur ce qu’on fait quand on choisit les disques [pour le label]. En fait, je pense que Paul et moi, comme on écoute plein de styles différents, on a toujours un peu besoin d’être surpris, parce qu’on a l’impression que c’est assez facile de se placer dans les codes d’un genre Enfin en même temps toi Paul t’écoutes du métal, et t’es bien content quand le métal joue sur les codes du métal. Mais on sortirait pas forcément un disque comme ça.

PSK : C’est pas le rôle que vous avez choisi en fait ?

Guillaume Heuguet : Non, c’est pas ce qu’on fait.

Paul Régimbeau : Y’en a d’autres qui le font très bien, on est pas là pour ça, on n’a pas la prétention de faire ça.

Enfer

 

"Baiser mortel" Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
« Baiser mortel »
Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

 

Godflesh. L’enfer, le vrai, on y est. Tout le monde le sait, quelque chose a changé, la pression est montée d’un cran. Les muscles chauffent, l’audience transpire, pas une tasse de thé ni de petits gâteaux à l’horizon. Godflesh fait mieux dans le commerce du brut que de la dentelle. Tous sont près à courber l’échine sous les coups de la guitare huit cordes de Justin Broadrick, chanteur, guitariste, également à l’origine des rythmiques programmées sur ordinateur. Ce son a un goût de sentence irrémédiable. C’est la bande sonore des cauchemars, de ceux qui mettent en scène une présence inquiétante et démoniaque accrochée à tes talons, à laquelle tu sais que tu ne pourras pas échapper.

 

Je vais m’adresser ici particulièrement à ceux d’entre vous qui n’ont jamais fait de concert de métal, ou qui trouvent juste ça nul à chier. Libération, absolution, voilà ce qu’on ressent quand on se laisse aller sur Godflesh. C’est le métal le plus lourd et le plus lent. Primal. Comme me l’a dit notre photographe Hugo Aymar, qui a plutôt l’habitude des publics de la scène rap, ce n’aurait pas du tout été incongru de scander des lyrics de hip hop sur ces rythmiques (en se rapprochant du rapcore, pour les curieux).

 

Dans l’enfer de Dante, le dernier cercle, réservé aux traîtres à leurs bienfaiteurs (parmi lesquels Judas et Brutus) est gelé par le mouvement terrifiant des ailes de Lucifer, emprisonné dans la glace. Concert de métal oblige, même si c’est rare à la Gaîté, c’est le traditionnel pogo qui devrait le mieux exprimer notre pénitence à tous. Des vagues de métal froid s’extirpent des enceintes, pour venir battre les infidèles. Sous les lacérations de ce son brutal aux scories discordantes, le pogo prend des airs de pénitence volontaire, de rédemption par l’abandon de son propre corps dans une forme de violence pure. En investigateur, renseigné, je cherche donc ce fameux pogo. Relégué un temps à la périphérie de la masse humaine pour l’instant assez calme, je joue des coudes pour me rapprocher du centre sur les conseils d’un Virgile de passage : « Est ce qu’il va y avoir un pogo ? Je sais pas, essaye de te rapprocher du milieu ».

 

Alors que le duo de Birmingham jour son dernier album sorti en 2014, « A World Lit Only By Fire », la sentence par le son commence a faire son effet. La salle a d’ailleurs déjà trouvé son chef de file providentiel pour lancer les hostilités : un mec surexcité, portant bombers et crâne rasé, sorte de caricature de skinhead (ou d’antifa, vu qu’ils portent les mêmes fringues). C’est lui qui lance le mouvement, et il a l’air de vouloir en découdre avec le monde entier, plein de hargne et de violence, plutôt effrayant en fait. Le pogo se met en route, et le rituel s’organise. Chocs d’épaules en mode auto-tamponneuse, et propulsion par les bras. Le cercle des damnés s’élargit, et je commence à me dire que le type au crâne rasé va soit en coller une, soit s’en prendre une..

 

"Le guerrier" Photo par Hugo Aymar, cc- by-nc-sa
« Le guerrier »
Photo par Hugo Aymar, cc- by-nc-sa

Mais c’était se tromper sur la raison et la fin de cette profusion d’énergie. Imaginez ma surprise lorsque l’énergumène saisit tendrement une jeune goth aux traits asiatiques, avec toute la douceur d’un jeune premier chevaleresque, et lui roule un patin digne de la Belle et la Bête version indus. Scène furtive, avant de succomber à nouveau à l’appel qui se jouait sur la scène, où Justin Broadrick enchaîne les riffs crades comme un boucher découpe un poulet : à la hache. Et c’est là que le déchaînement de violence, de sons criards, de spots rouge sang, de cris, de sueur, de fréquences triturées et malmenées, prennent tout leur sens. Il s’agit de trouver sa place dans un monde turbulent, alors que tu es pris d’assaut par des hordes de sons formatés, de goûts pointus et acérés, d’incompréhension et d’injustice. T’as juste envie de crier très fort.

 

PSK : In Paradisum c’est un label assez jeune, 2011, c’est ça ?

Paul Régimbeau : Je crois, je suis pas les dates. Je pense que ça fait trois ans.

Guillaume Heuguet : Je pense que notre première soirée c’est 2011, et la première sortie [de disque] fin 2011.

PSK : Vous faites beaucoup d’événements, de soirées ?

Paul Régimbeau : On en a fait, maintenant ça s’étire un petit peu.

Guillaume Heuguet : Beaucoup ça dépend. Si tu te places par rapport à un promoteur, ou des gens qui sont dans une logique de faire des événements régulièrement; on n’en fait pas beaucoup. Après, par rapport à des labels qui ne font pas d’événements, sauf leur anniversaire une fois par an, nous en fait, je sais pas, 4 ou 5 par an, un truc comme ça. Par contre c’est important pour nous.

PSK : ça fait partie des organes que vous avez pour communiquer ?

Guillaume Heuguet : C’est pas vraiment un truc de communication, pour nous c’est des projets à part entière du label. En fait, quand on sort des disques, c’est : Paul et moi on a envie de sortir un disque. Et quand on fait une soirée c’est : on a envie de voir un groupe dans telles circonstances, donc c’est la même dynamique d’envie en fait.

Amédée de Murcia : Et après c’est vrai que sur les concerts que vous avez organisés y’a le même mélange de groupes qui sont pas tout à fait classés dans les mêmes styles, mais que vous écoutez. J’ai toujours bien aimé les concerts avec différents styles. Comme la fois où y’avait The Field, après c’était Demdike Stare, Sandwell District, y’avait trois ou quatre styles dans la même soirée mais ça m’avait paru cohérent quand même.

Guillaume Heuguet : On aime bien ce truc de cohérence secrète, même sur les disques.

[…]PSK : Est-ce que pour les évènements vous avez la même démarche exploratoire que sur vos albums ? Entre les artistes du label qui jouent aux évènement, et les artistes invités, c’est des confrontations, des alliages ?

Guillaume Heuguet : C’est difficile de pousser le truc aussi loin mais par exemple ce soir, je trouvais que c’était excitant de le faire. Déjà j’avais super envie de voir Godflesh, évidemment. Mais ça avait du sens pour nous de le faire, pour In Paradisum, avec Amédée et Guillaume qui ouvraient la soirée, et d’avoir Extreme Precautions qui est un peu entre eux deux. Et je me demande d’ailleurs comment les gens qui viennent que pour Godflesh ce soir vont voir ce projet. Parce que c’est un mec tout seul avec un laptop sur scène.

[…]PSK : Pourquoi vous pensez que les gens répondent au son du label, et pourquoi c’est un son d’actualité ?

Guillaume Mikolajczyk : Moi je le pense pas, haha !

Amédée de Murcia : Quand tu dis qu’ils répondent, tu veux dire qu’ils aiment ?

PSK : Oui, pourquoi des gens viennent à vos concerts, et pourquoi tu penses que cette musique, inscrite dans ce moment là, c’est quelque chose que vous avez envie de faire et que les gens ont envie d’écouter ?

Paul Régimbeau : Je sais pas, j’arrive pas à savoir si les gens ont envie d’écouter ça…

Guillaume Mikolajczyk : ça se serait ma réponse ouais !

Guillaume Heuguet : C’est pas vraiment à nous qu’il faut poser la question je crois…

Paul Régimbeau: Peut être à toi Guillaume, mais nous on fait la musique, on pense pas trop en fait on la fait un peu pour nous quoi, on fait ce qu’on aime faire.

Guillaume Heuguet : Moi je sais que c’est la musique que j’ai envie de sortir en ce moment parce que j’y trouve les sensations que je trouve pas ailleurs, une manière d’écouter la musique. Y’a beaucoup de musique aujourd’hui et quand tu vas à des concerts de drone, ou quand t’écoutes 25 minutes de grindcore à fond sur scène tu trouves des sensations qui sont fortes, et comme il y a un truc un peu banal autour de la musique qui s’est un peu généralisée, tu comprends un peu pourquoi t’écoutes de la musique quoi.

PSK : Donc vous faites ça parce que c’est ce que vous aimez écouter.

(unanime) : Oui, tout à fait.

 

 

Paul Régimbeau, Amédée de Murcia, et Guillaume Mikolajczyk. Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa
Paul Régimbeau, Amédée de Murcia, et Guillaume Mikolajczyk.
Photo par Hugo Aymar, cc-by-nc-sa

 

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https://inparadisum.bandcamp.com/
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Rédacteur : Pierre-Sofiane Kadri (@Albertkader)

Photographe : Hugo Aymar (@Hugo_Aymar)

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