Hier soir, Mediapart et Libération ont publié des documents fournis par Wikileaks révélant notamment l’écoute de nos trois derniers présidents de la République par les services étasuniens de la NSA entre 2006 et 2012, ainsi que d’autres VIP de l’État. Autant dire que depuis hier soir, l’info a fait chauffer les internets, avec les #hashtags #FranceLeaks et #WikiLeaksElysee. Mais j’en ai rien à foutre :

 

  • Parce qu’on n’y apprend strictement rien (pour l’instant) et pour cause : les communications interceptées ont été émises depuis les portables personnels des Présidents et autres VIP. Ce qui est important se dit sur d’autres lignes. Pour l’instant, vous saurez que Hollande n’aime pas Merkel, que Douste Blazy était un boulet, et que Sarkozy voulait plaider la cause du rhum de Pernod-Ricard auprès d’Obama.

 

  • Parce que plutôt que de confirmer la lourdeur de Douste-Blazy, j’aurais préféré en savoir plus sur cette histoire de vente de Rafales au Qatar, et de contreparties de la part de la France. Faire la une sur des infos aussi insignifiantes, c’est tout simplement du parasitage.

 

  • Parce que Fabrice Arfi de Mediapart et Johan Hufnagel de Libération font leur « une » de ce parasitage, sont invités partout pour en parler. Bien qu’ils soient à la merci de ce que leur remet Wikileaks au compte goutte, on peut toujours apprécier leur posture “je sais tout mieux que tout le monde” de journalistes libres guidant le peuple.

 

  • Parce que les câbles diplomatiques saoudiens divulgués la semaine dernière par Wikileaks sont foutrement plus intéressants. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les milliers de Nigérians terrassés par Boko Haram, éclipsés par les meurtres de Charlie Hebdo. Chauvinement, on continue de s’intéresser beaucoup trop à ce qui concerne la France.

 

  • Parce que les professionnels français de la politique continuent de s’offusquer du comportement des USA, alors que leur parlement vient de voter la fin des écoutes en masse que la France compte mettre en place, là tout de suite (le projet de loi est à nouveau examiné aujourd’hui par les députés pour un vote définitif).

 

  • Parce que tant que ces dirigeants soutiendront le projet de loi sur le renseignement qui prévoit de mettre les Français sur écoute, je serai insensible à leurs pleurnichements quand on les écoute eux : ben oui, quand c’est vous qui êtes concernés, ça vous emmerde hein ?

 

  • Parce que la France ne s’est toujours pas positionnée clairement en faveur des lanceurs d’alertes et autres « whistleblowers » comme Snowden, ni n’a juré de protéger ceux qui les relaient comme Julian Assange de Wikileaks. Les dirigeants devraient donc s’offusquer contre Wikileaks, et non pas la NSA, à moins de changer leur position : tu ne peux pas à la fois profiter des lanceurs d’alerte quand ça t’arrange, et les martyriser de l’autre côté.

 

  • Parce que ça n’empêchera pas les dirigeants français de continuer à soutenir le terrible TAFTA lors des négociations au niveau européen, même s’ils sont un peu énervés contres les USA. TAFTA ? Un traité qui pue et prévoit de nous faire bouffer la même merde que les ricains.

 

  • Parce que c’est bien gentil de me détailler le jargon de la NSA, mais pas sûr que ça me serve. Il paraît qu’on ne peut pas candidater pour un poste chez eux quand on est Français.

 

  • Parce qu’en lisant les documents, on aurait presque l’impression que Nicolas Sarkozy est un chic type à se démener pour taxer les transactions financières et tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien. Ça me chagrine forcément, vu que je peux pas le piffrer et qu’ils se traîne tellement de casseroles qu’il pourrait ouvrir une quincaillerie.

 

 

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Capture d’écran du jeu Civilization III, qui t’apprend mieux que n’importe quel cours de géopolitique que tout le monde espionne tout le monde, et que quand t’es pris la main dans le sac ben t’es dans le foin.

OK, JE VAIS METTRE DE L’EAU DANS MON VIN, J’EN AI PAS COMPLÈTEMENT RIEN À FOUTRE

 

 

  • Parce que sur le site de Wikileaks on peut lire que ce n’est que le début, et que Fabrice Arfi a dit qu’on parlerait d’intelligence économique. Mais j’attends de voir. Si par miracle ça pouvait foutre un grand coup de pied au cul du secret des affaires, j’irai jusqu’à m’acheter un chapeau, afin de le tirer pour l’occasion.

 

  • Parce que ça permet à tout le monde, et notamment Mediapart, de remettre une couche sur cette putain de loi renseignement, l’occasion de vous rappeler tout ce qui a été écrit pour vous convaincre que cette loi va être pourrie et qu’il faut harceler son député au téléphone.

 

  • Parce que si le truc vous a choqué, ça vient très bien illustrer à quel point l’argument « je m’en fous qu’on m’écoute, j’ai rien à me reprocher » n’est pas valable. On n’apprend pas grand chose (pour l’instant) de ces écoutes, mais ça nous fait quand même chier que des Yankees aient mis sur écoute nos Présidents. Merde !

 

  • Parce que grâce à la NSA, et par l’intermédiaire de Wikileaks, on sait enfin que nos dirigeants ne sont pas des reptiliens, sinon ils l’auraient dit au téléphone, obligé.

 

Rédacteur : Pierre-Sofiane Kadri (@Albertkader)

 

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