Depuis maintenant plus de 5 ans, psychologues et personnels médicaux s’alarment du développement en France d’un phénomène d’origine japonaise: « l’ hikikomori ». Ces jeunes qui vivent reclus chez eux parfois pendant des années sont de plus en plus nombreux. Le contexte économique et social est déterminant pour expliquer leur isolement.

« Parfois, je me demande si toute ma vie n’était pas une longue route vers cet isolement ». Emi* a 20 ans, elle vit en Belgique. Voilà un an qu’elle passe la majeure partie de son temps dans son studio. « Cela fait maintenant trois mois que je ne sors plus qu’une fois par semaine pour faire mes courses ». Etienne* a 23 ans, il vit à Toulon. « Je n’ai jamais su trop quoi faire de mon avenir. Ma période d’isolement a duré deux ans. J’ai eu mon appartement quand j’ai commencé mes études. Je n’avais plus aucune restriction pour l’ordinateur ».


L’origine japonaise de l’Hikikomori

 

Le terme “hikikomori” est apparu au Japon dans les années 1990. Il qualifie des cas de jeunes de moins de 30 ans (même si la limite d’âge est souple et peut parfois dépasser les 35 ans) dont la réclusion dépasse les 6 mois, et pour lesquels aucune pathologie mentale n’est identifiée comme cause première. La question a été rendue célèbre par l’estimation du psychiatre Tamaki Saito, en 1998, qui évaluait alors sur simple projection leur nombre à 1 million. désormais, le ministère de la santé japonais estime qu’il y aurait entre 260 000 et 696 000 individus (2010).


Ils sont jeunes, intelligents, et pourtant, ils « foutent en l’air leur jeunesse », en s’isolant. « J’avais vingt ans, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Voilà peut-être une phrase qui leur conviendrait bien. Paul Nizan l’a écrite en introduction d’Aden Arabie, paru en 1931. Le mal-être de cette jeunesse s’appelle « hikikomori », un phénomène répandu au Japon, puisqu’il toucherait 0,3 % de la population, soit plus de 200 000 individus. Cette attitude de retrait social, de claustration longue s’est exportée en France, prenant récemment une ampleur inédite.

 

Hikikomori , Hiasuki, 2004 – Francesco Jodice -CC-BY-NC 3.0
Hikikomori , Hiasuki, 2004 - Francesco Jodice -CC-BY-NC 3.0
Hikikomori , Hiasuki, 2004 – Francesco Jodice -CC-BY-NC 3.0

 

« Ces cinq dernières années, tous nos partenaires cliniciens le disent, les cas se multiplient », détaille Natacha Vellut, psychologue et chercheuse au Cermes3 (Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société). Adolescents au tournant du collège, étudiants à l’entrée à l’université, jeunes adultes en échec professionnel, ils sont de plus en plus nombreux à être pris en charge par des psys, détectés par des assistants sociaux ou adressés par leurs familles inquiètes. « Nous ne pouvons pas nous tromper en disant qu’ils sont plusieurs centaines » ajoute la chercheuse qui a coécrit “Hikikomori, ces adolescents en retrait” paru en août 2014. Au service des urgences psychiatriques de Sainte-Anne, dans le XIVe, les cas extrêmes sont courants. « Il y en a au moins 2 par mois », témoigne Benjamin Haug, infirmier dans le service. «Nous avons eu récemment des cas de personnes qui sont restées enfermées 5 ans, voire 10 ». Le docteur Marie-Jeanne Guedj, qui fut l’une des premières spécialistes à alerter l’opinion publique, a désormais au moins un cas par semaine à la clinique Bellevue de Meudon, soit une cinquantaine par an, à elle seule. Tous les professionnels contactés durant cette enquête reconnaissent avoir régulièrement affaire à des cas « d’hikikomori ». Néanmoins, les données manquent pour caractériser le phénomène, et la recherche est empêtrée face à un sujet multidisciplinaire, aux confins de la maladie et de la conduite sociale.

 

DÉLICATESSE DE LA DÉFINITION ET RECHERCHE AU POINT MORT

 

“ Nous n’avons pas de données épidémiologiques ”, explique Nancy Pionnié Dax, pédopsychiatre à l’établissement de santé mentale d’Antony, l’EPS Erasme, dans les Hauts-de-Seine (92). Difficile en effet d’évaluer un phénomène qui n’est ni clairement délimité, ni directement visible. D’abord, les seules sources des spécialistes se trouvent être les “hikikomori” eux-mêmes, par nature, discrets, reclus, inaccessibles. Rude tâche que d’évaluer leur présence en France. Seuls ceux qui viennent en consultation sont détectés. “ Mais la plupart n’accèdent pas aux soins ” concède Nancy Pionnié Dax. Les recherches balbutiantes en France se sont surtout basées sur des cas de jeunes adolescents, entre 14 et 15 ans. En effet, le décrochage scolaire donne généralement lieu, à cet âge là et lorsqu’il est prononcé, à des consultations avec des psychologues. Passé cet âge, il n’y a plus aucun moyen de repérer les jeunes “en retrait”. “ Les 18-25 ans tombent dans un trou noir ” admet la psychiatre. Il ne faut pas non plus compter sur les familles. “ Des parents mettent des années à réagir ”, explique Maïa Fansten, sociologue au Cermes3. Elle estime que le problème n’est pas automatiquement perçu par la famille, parfois complice et satisfaite de conserver un peu plus longtemps l’adolescent à la maison. Mals informés, les parents ne parviennent pas nécessairement à cibler le problème. Le mot hikikomori reste très largement méconnu en France.

 

Les causes, elles, sont encore à determiner. “ Il y a des hypothèses, mais on n’a pas fait assez de recherches ” regrette Nancy Pionnié Dax. Pour l’heure, la recherche est au point mort. l’ANR, l’Agence nationale de la recherche, n’a pas alloué de moyens à cette question à cheval entre sociologie et anthropologie, psychiatrie et psychologie.

 

UNE CONDUITE SIMILAIRE, DES PROBLÈMES DIFFÉRENTS

 

Les raisons de l’isolement varient très largement d’un individu à un autre. Etienne explique qu’il a trouvé refuge dans les jeux vidéos pour s’affranchir de ses difficultés sociales : « le virtuel est bien plus simple, c’est un excellent moyen de fuir ses responsabilités et ses échecs scolaires ou sociaux. En un clic, on peut oublier la vie réelle et son lot de frustrations ».

 

Afficher l'image d'origineCapture d’écran – Hoshi no Ponko to Toufuya Reiko

Chez Emi, l’isolement s’est fait «par la force des choses». Dans son enfance, après le divorce “désastreux” de ses parents, son père est parti et a fondé une nouvelle famille. Sa mère et son beau-père sont morts alors qu’elle était très jeune. « L’an dernier, j’ai multiplié les coups d’un soir avec des individus, je buvais beaucoup. Ensuite, je me suis remise avec mon ex et j’ai réalisé que ce mode de vie ne m’apportait rien. J’ai arrêté de boire en soirée, ce qui était ma principale activité. Je ne suis quasiment jamais allée en cours. Au fil du temps, je suis devenue tellement nerveuse que je n’arrivais plus à faire une phrase. Par la force des choses, je me suis mise à rester chez moi ».

 

Un troisième cas nous a été relaté par l’un des psychologues interviewé durant l’enquête. Il l’avait rencontré le jour même, après qu’il avait tenté de se suicider. Il s’agit de Yann*, 30 ans. Il vit reclus dans un studio de 10m² à Paris, depuis deux ans. Il n’a pas fait d’études et a coupé les liens avec sa famille. Après plusieurs licenciements et de nombreux échecs professionnels, l’homme a craqué, et s’est enfermé, ne sortant presque jamais.

Ces trois cas de claustration, dont les intensités diffèrent, montrent à quel point le phénomène prend des formes différentes.


Les garçons essentiellement touchés

 

Entre 75% et 80% des hikikomori seraient des hommes au Japon. En France, le phénomène aussi est essentiellementmasculin. “Les garçons se doivent d’investir l’extérieur, explique l’anthropologue Cristina Figueiredo pour qui la réclusion est une forme de réaction à cet impératif: “c’est une plainte masculine”.


Pour le moment, la principale distinction utilisée est celle d’hikikomori primaire, ou d’hikikomori secondaire. Comme l’explique le psychiatre Serge Tisseron dans « hikikomori, ces adolescents en retrait (chap. 8), “ le phénomène est parfois lié à une pathologie mentale identifiée telle que schizophrénie, trouble affectif, trouble de la personnalité, phobie ou trouble envahissant du développement. (…) On parle alors de « Hikikomori secondaire ”. Les cas qui nous intéressent spécifiquement dans cette enquête sont ceux auxquels aucune pathologie n’est associée, ils sont dits “hikikomori primaires”.

 

Agaoraphobie - pinterest - medialib
Agaoraphobie – pinterest – medialib

Pour Francis Moreau, psychologue clinicien, régulièrement confronté à des cas « d’hikikomori », l’enfermement peut être “ une porte d’entrée vers la dépression chronique, et dans des cas rarissimes, la schizophrénie ”. La maladie, n’est donc jamais trèsloin. Pour le docteur Marie-Jeanne Guedj, « il est clair qu’il y a souvent une pathologie associée : notamment des troubles de la personnalité ». Au Japon, les chercheurs aussi semblent revenir de la caractérisation socio-culturelle du phénomène. Là-bas, « une étude récente a montré que parmi les hikikomori, 50 % seraient atteint du syndrome d’Asperger » ajoute la spécialiste. Selon elle, il faut voir dans le hikikomori « une pathologie qui s’exprime au travers d’un mode sociologique, et non l’inverse »., Marie-Jeanne Guedj veut parler ici des cas les plus graves, qui bien souvent nécessitent une hospitalisation. Nombreux sont les cas de retrait à domicile non pathologiques qui ne sont pas pris en charge par le corps médical.

 

L’EXIGENCE DE RÉUSSITE SCOLAIRE COMME EXPLICATION

 

« En miroir, les hikikomori représentent l’inverse des injonctions sociales actuelles. Ils mettent de côté la question de l’avenir dans une société où l’on est sommé d’être en projet et autonome. En France, l’exigence de réussite scolaire est très importante : le parcours est déterminant sur sa destinée sociale et il existe peu d’alternatives ». Une pression trop forte conduit ces jeunes fragiles à quitter le jeu social et l’ascension naturelle qu’ils devraient suivre.

 

Pourtant, ces jeunes ne manquent pas nécessairement d’ambition. « Il y a souvent chez eux un idéal fort et une difficulté à accepter l’échec. Ne pas continuer, c’est aussi ne pas échouer », poursuit Maïa Fansten. « Je pense qu’être hikikomori rend les échecs plus frustrants, surtout au niveau social, la confiance en soi peut vite être anéantie » explique Etienne, qui a réussi à valider son DNAT (diplôme national d’art technique) en rendant à temps des projets qu’il travaillait chez lui. Leur niveau scolaire est d’ailleurs souvent élevé. « J’ai toujours été une bonne élève raconte Emi, je n’ai jamais redoublé, j’ai même obtenu certaines distinctions, bizarrement». Même constat pour Etienne. « J’enregistre très bien ce qui m’intéresse. J’ai toujours excellé en en histoire-géo, en dessin, en anglais. Je me dis souvent que si j’avais interverti les cours et l’ordi, je serais probablement ingénieur ».

 

UNE « SOCIÉTÉ DE LA SOLITUDE »

 

Cristina Figueiredo, anthropologue au LAS (Laboratoire d’Anthropologie Sociale de Paris), et coauteur de l’ouvrage collectif « hikikomori, ces adolescents en retrait », étend l’analyse à la forme de notre société. « Nous sommes dans une société de la solitude. C’est beaucoup plus facile d’être seul aujourd’hui que dans le passé. On est dans des sociétés où l’individualisme nous fait croire que l’on est intégralement responsable de nous et où l’on n’a plus besoin de personne ». Selon elle, ces pathologies relèvent du «trouble du lien dans notre société ». Le développement de la chambre individuelle qui fonctionne en quasi autonomie, avec ordinateur, télé, etc, n’y est pas non plus étranger. Pour Maïa Fansten, « internet et les jeux vidéos rendent les retraits prolongés possibles ». S’il n’est pas la cause, le jeu permet une récompense sûre et proportionnelle au temps d’investissement.

 

Voici comment Etienne décrit les journées de sa période noire, qu’il qualifie aussi de période « ermite »: « Lever : 11h minimum. Allumage d’ordinateur, petit déjeuner, clope. Séries/films jusqu’à 13-14h. Douche. Puis jeux vidéo jusqu’à 22-23h. Dîner devant l’ordi avec un pétard pour bien digérer. Jeux vidéo à nouveau jusqu’à 2-3h du mat, un autre pétard pour bien dormir ». C’est ainsi qu’il explique sa manière de gérer la solitude. «En m’installant devant mon PC, je ne pensais pas à mes projets en retard ou à ce que j’allais devenir. Avec des jeux immersifs, il est très facile de renier le réel ». Mais être hikikomori ne doit pas être confondu avec les termes « no-life » ou « geek », même si le cas d’Etienne semble proche. Il s’agit dans tous les cas d’une manière d’occuper le temps, qu’une absence d’activité rendrait insupportable. « Il y a un retour à l’ultra-présent, c’est une manière d’oblitérer la question de l’avenir, et d’éviter de sombrer dans la dépression » précise Maïa Fansten.

 

Cette manière d’éviter de se confronter à l’avenir n’est pas sans lien avec le contexte. Au Japon, c’est dans les années 80/90 que s’est développé l’hikikomori, soit au moment de la crise économique. En France, l’avenir est enroué par les faibles perspectives. «Cette génération ne fera sans doute pas mieux que ses parents » imagine Maïa Fansten. Le sociologue britannique Andy Furlong, a été le premier à théoriser, dans un article paru en avril 2008 dans « the sociological review », cette intrication. « L’effondrement du marché primaire du travail pour les jeunes et la prévalence croissante d’un secteur secondaire précaire a conduit à une situation dans laquelle les normes traditionnelles et profondes sont sapées et les jeunes contraints de trouver de nouvelles façons de naviguer dans un système rigide et sous pression. Dans ces circonstances, le retrait aigüe représente souvent une réponse à une situation anomique où la tradition ne fournit plus d’indices suffisants pour un comportement approprié plutôt qu’un malaise réductible à des psychologies individuelles ».

 

UN DÉGOÛT  DU MONDE CONTEMPORAIN

 

Les hikikomoris interrogés se montrent d’ailleurs très critiques envers cette société dans laquelle ils ne parviennent pas à s’intégrer. « Dans ma période « ermite », l’humanité me dégoûtait, l’argent, la corruption, la crise, la pollution, le racisme, la télévision (..) je n’avais pas envie d’aller vers mon prochain » se rappelle Etienne. Emi aussi à ce dégoût à la bouche. « il faut toujours qu’il y ait une hiérarchie : le plus beau, le plus riche, le plus quelque chose, rares sont ceux qui t’estimeront pour ta réflexion, ta sensibilité, ce ne sont pas des qualités prônées de nos jours ». « Et pourtant, avec cette crise économique qui dure, on pourrait penser que les gens vont se révolter contre ça, se dire: ouais mais attends, quelle vie étrange on a, à claquer tout un mois de salaire pour acheter une tablette à nos gosses alors qu’on ne leur a pas appris les divisions écrites ». Emi a choisi de s’écarter de ce monde du « soft talk » (échange de banalités) et de la superficialité : « je ne veux pas me retrouver à utiliser les vingt phrases toutes faites qui constituent le langage courant de certaines personnes ». Sa révolte pourtant, elle le sait bien, est insoutenable : « je ne suis pas épanouie car nous sommes des êtres sociaux avant tout. C’est une situation horrible que je ne souhaite à personne ».

 

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S’en sortir ? Pour Francis Moreau, c’est une éventualité qui a toutes les chances de se produire. « En général, ils s’en sortent avec le temps. Ils trouvent leur voie, souvent dans une rupture ou en vivant ailleurs, mais à condition que leur entourage soit bienveillant ». Etienne a retrouvé un équilibre à petits coups de résolutions, mais aussi en travaillant 25 heures par semaine au Mcdo. Emi cherche à partager sa situation sur les forums hikikomori, elle est résolue à échapper à cette situation. Yann a décidé de reprendre les études qu’il n’a jamais vraiment pu mener. « Il faut aussi voir qu’il peut s’agir d’une période favorable : c’est une expérience intérieure qui peut être riche » contraste Francis Moreau.


Le risque de la rue

Si l’hikikomori touche surtout des jeunes des classes moyennes et supérieures, la plupart du temps à l’abri du besoin, il arrive que certains soient “foutus à la porte” par leurs parents, explique Francis Moreau. Selon le psychologue, il y a une génération montante de jeunes SDF à Paris, dont une partie est à l’originie hikikomori. Une fois à la rue, ces jeunes n’ont pas les moyens de s’en sortir, et peuvent sombrer dans l’alcool ou la toxicomanie. Durant l’enquête, plusieurs spécialistes ont émis cette idée. Un certain nombre, non négligeable, d’hikikomori, peut devenir SDF si leur famille les rejette.


 

DES TRACES INDÉLÉBILES

 

Une expérience qui laisse des traces. Etienne les qualifie « d’autoroutes » : « mes aptitudes sociales sont limitées après des années d’”ermitage”. La perte de temps est monumentale. La vie est une course contre la mort, et j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps dans les starting-blocks ». En deux ans, il avait pris 12 kilos, et la mal bouffe devenait problématique. Nancy Pionnié-Dax explique qu’il peut y avoir des carences nutritives et des répercussions musculaires : « un de mes patients avaient des difficultés à marcher pour venir aux séances, à force d’inactivité ». L’addiction au cannabis, assez fréquente dans ces situations, peut aussi causer des dommages à long terme. « Un de mes patients fumait en quasi permanence », explique Francis Moreau. Les cas d’addiction, Nancy Pionnié-Dax, en constate énormément. La pédopsychiatre parle du risque de l’« apragmatisme » consécutif à la consommation : c’est à dire d’une incapacité à réaliser des actes courants. La torpeur qu’engendre la consommation d’herbe peut donc amplifier le phénomène.

 

Face à ce problème à la fois social et psychologique, quelques chercheurs travaillent à l’élaboration de systèmes de prise en charge ou de détection. Nancy Pionnié-Dax réfléchit à la création d’une échelle permettant de repérer les « hikikomori », mais aussi, à un numéro vert et à des consultations pour les parents. Maïa Fansten a un projet de plateforme internet destinée à la question hikikomori, où chaque acteur pourrait échanger. « Le problème c’est que les autorités s’intéressent essentiellement au décrochage scolaire. Il faut une prise de conscience des pouvoirs publics ». Une prise de conscience qui est loin d’avoir vu le jour. Sortis du réseau éducatif, ces jeunes se retrouvent à la merci d’un système dans lequel ils ne trouvent pas de place. Ils ne sont pas préparés à affronter le monde “réel”, dans lequel la capacité à être autonome est déterminante. La transition brutale les cloue sur place et les empêche de s’adapter. Le monde extérieur duquel ils se préservent leur apparaît dur, cruel, malveillant. Ce qui n’est pas complètement faux. Sur les forums, les qualificatif de “cassos”(cas sociaux) fusent. Il suffirait qu’ils “se bougent” pour régler leur problème. L’incapacité qu’ils ont à s’insérer dans la vie active est perçue comme une simple “faiblesse”. Ils sont les seuls responsables de leur situation. L’organisation de la société, qui privilégie la réussite individuelle, elle, n’y est pour rien. En attendant, Emi, Yann et bien d’autres, resteront dans leurs chambres.

 

*les prénoms ont été modifiés

 

Rédacteur : Jean Barrère (@JeanBarrere1)

 

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